La Fabrique du Projet

La Fabrique du Projet a démarré ses travaux en début 2005.

Elle centre ses travaux sur l’analyse des réalités roubaisiennes en faisant appel à des experts extérieurs ou non à la ville et qui apportent un éclairage pertinent.

A l’issue d’un an et demi de travaux d’analyse, la Fabrique du Projet entrera, en octobre 2006 dans la phase écrite de propositions qui seront débattues avec l’ensemble des forces vives roubaisiennes en vue du programme pour 2008

Les thèmes évoqués par les ateliers en 2005 et 2006 :

-  Qui sont les nouveaux roubaisiens ?

-  La Métropolisation

-  Le Projet urbain

-  La Santé

-  La Sécurité et la paix civile

-  L’Intelligence collective : projet éducatif et culturel


-  La Démocratie participative,

-  Les Politiques de solidarité

Nous vous proposons ci-après quelques notes introductives consacrées à des thèmes travaillées en 2006

Atelier sur" Le projet urbain de la ville de Roubaix ", le 14/2/06

La ville de Roubaix est engagée depuis près de 50 ans dans une transformation urbaine complète, du fait des conséquences de la révolution industrielle : friches, habitat insalubre etc.. ;

Cette transformation a connu plusieurs étapes : grandes opérations de démolition (les Longues haies !!) et de construction de logements neufs ( Edouard Anseele, les trois ponts), restructuration des quartiers Nord avec l’ouverture de l’avenue des Nations Unies et l’opération Alma-gare, GPU puis GPV, re-création d’un centre ville...

Aujourd’hui Roubaix ouvre une nouvelle étape avec les Projets de rénovation Urbaine que soutiendra l’ANRU. Ces projets concernent :

-  la poursuite de la rénovation des quartiers d’habitat social ( Hauts-champs, Trois Ponts)

-  le renforcement sur 7 pôles d’appui de la transformation des quartiers anciens ( infrastructures, aménagement, logements)

Au-delà ce Projet de Rénovation urbaine qui va provoquer de nombreuses démolitions, constructions et donc des relogements de roubaisiens entre 2007 et 2012, s’inscrit dans un plan plus vaste qui « reconfigure » la ville :

-  Aménager le canal en espace naturel et récréatif et « retourner » les quartiers de la boucle vers cet espace

-  Faire de l’Union un pôle de développement de l’agglomération avec un parc, des logements de qualité et un pôle de compétitivité « up-tex » (textile « haut de gamme »)

-  Aménager les franges du territoire roubaisien (Sartel, Peignage,Lainière...) dernier espace de conquête du tissu urbain..

-  Renforcer la centralité roubaisienne dans le commerce, la culture et l’enseignement

-  « dédensifier » les quartiers anciens pour y implanter des logements plus confortables, des espaces verts, du stationnement.

-  En même temps, produire « la ville compacte » dans le centre, c’est à dire densifier en accueillant de nouveaux habitants pour soutenir les équipements de dimension métropolitaine.

-  Éradiquer l’insalubrité et permettre des parcours résidentiels positifs

-  Diversifier les types de logements proposés (location, achat, accession sociale, lofts, réhabilitation, construction neuve, pavillons, petits collectifs) pour permettre la diversité des statuts sociaux dans les quartiers

Les enjeux sont déterminants :

-  sortir des séquelles de la mono industrie textile tout en gardant une identité forte de ville populaire.

-  accueillir de nouveaux habitants actifs et relancer l’activité économique et commerciale

-  éviter l’exclusion des catégories pauvres du fait du redéveloppement de la ville et de la relance de l’immobilier

-  combattre la ségrégation et la ghéttoisation

Atelier sur la santé

du mardi 14 mars 2006

“ Roubaix, la ville où on meurt le moins ”, proclamait Jean Lebas en 1939 !

Hélas, le diagnostic actuel ne conduit pas à un tel optimisme ! Dans une région défavorisée, Roubaix fait figure de territoire à risques : obésité, diabète, alcoolisme fœtal, risques liés au tabac et à l’alcool, les effets cumulés de la pauvreté, de l’habitat insalubre dressent un tableau préoccupant appelant une mobilisation de tous les acteurs.

Plusieurs chantiers se dégagent :

-  La prévention précoce (périnatalité, petite enfance) et l’éducation concernent plus particulièrement les pratiques alimentaires et l’alcoologie.

-  Les effets cumulés du vieillissement et de la dépendance La souffrance pycho-sociale (pauvreté affective, difficultés des agents de services publics, troubles psychiatriques graves) est devenu un thème obsédant qui interpelle les réponses publiques de prise en charge et de médiation.

-  La croissance des problématiques de l’urgence de l’insertion et de la santé pour les publics les plus abîmés

Sur les conduites addictives (toxicomanie notamment) et la prévention du SIDA, les débats nationaux où se dessinent des approches moralistes et répressives risquent d’impacter fortement la capacité des acteurs à faire leur travail de prévention, éducation et accompagnement.

Au-delà des enjeux liés aux besoins fondamentaux de la population, la mobilisation s’inscrit dans un contexte institutionnel complexe. Un plan d’action santé devra contribuer à organiser les interventions convergentes du Conseil Général, de la Région, de l’Etat, de l’Hôpital, et des professionnels publics et privés.

Atelier sur "la Démocratie participative"

du Mardi 30 mai 2006

Le fonctionnement de notre démocratie nous inquiète : abstention, populisme, fracture entre le « peuple » et ses « élites », crise de la représentation. Cette crise prend la forme à Roubaix d’un abstentionnisme pesant dans les quartiers populaires.

Quelles sont les causes de cet abstentionnisme et comment le réduire ?

Notre ville est considérée comme un berceau de la « démocratie participative » depuis plus de 25 ans. Comités de quartiers, Fonds de participation des habitants, maintenant Conseils de quartier sont les lieux de cette expérimentation permanente.

Ce dynamisme est dû en premier lieu à la volonté et au dévouement de nombreux habitants militants bénévoles ou non.

Ces expérimentations ont fortement influé sur le fonctionnement du service public municipal : place des usagers dans la gestion quotidienne, services de proximité, plate-formes de services.

Là aussi, chacun sent qu’une période se termine avec le départ progressif de la génération des pionniers et que de nouveaux enjeux sont là :

-  comment assurer la participation et au moins l’information de tous sur les projets du territoire, alors même que leur complexité et le poids des contraintes bureaucratiques rend l’exercice malaisé et que l’essoufflement guette ?

-  Comment mieux formaliser le cadre de l’information, consultation concertation entre la ville et la société civile ?

-  Comment élargir l’audience de ces « dispositifs » ?

Peut-être faut-il faire à la fois plus modeste (assurer l’information effective de tous) et plus démocratique ( A quand de vrais budgets délégués aux habitants ?)

Enfin chacun convient qu’au-delà de ces dispositifs, les questions posées sont celles

-  d’une vraie reconnaissance de l’expertise des habitants, 
-  de la nécessité de rouvrir le chantier de l’éducation populaire,

-  de l’urgence de clarifier les relations entre associations et pouvoir local.

Renforcer la représentation et la participation certes mais aussi vivifier « l’intervention citoyenne « au sens donné à ce terme par les animateurs de la République des Idées.

Ce qui est en jeu, c’est l’essence même de la politique, l’art de la délibération démocratique.

Compte-Rendu de la réunion

Les questions en débat étaient les suivantes :

- Pourquoi l’abstentionnisme bat-il des records dans une ville attachée à la démocratie participative ?

Probablement parce que les partis ne représentent plus les habitants, que les habitants ont le sentiment que cela ne sert à rien, que les promesses ne sont pas tenues, que l’information politique ne va pas suffisamment vers et chez les personnes. Aussi à l’évidence, la question de la participation politique est un enjeu d’éducation populaire de longue haleine et il faut soutenir les initiatives comme du comité de quartier de l’Hommelet.

- Où en est la démocratie participative ?

La démocratie participative est une expérimentation permanente qui a maintenant 35 ans à Roubaix mais la politique de la ville est devenue une machine sur laquelle la proximité a de moins en moins de prise. De plus, une génération s’en va alors que la superposition des dispositifs alourdit la gestion et tend à transformer des permanents en technocrates malgré eux.

Michel JONCQUEL nous a parlé de son parcours personnel. Depuis Usinor jusqu’à l’engagement citoyen où n tant qu’élu, dans un mandat municipal à Grande-Synthe, il a participé notamment à l’animation de l’atelier de projet urbain. Il est aujourd’hui simple militant, membre de divers réseaux comme « HACER », « Capacitation citoyenne », « Parole d’habitants », « RECIT », ( Réseaux des écoles citoyennes ».)

Son parcours montre l’importance de l’engagement individuel dans l’animation d’un réseau local de démocratie participative. Il n’y a plus de dichotomie entre le local et le mondial.

Michel JONCQUEL tire de son expérience plusieurs éléments de méthodologie.

1 - L’atelier de projet urbain notamment permet par « des diagnostics en marchant », des visites d’autres expériences afin de développer des éléments comparatifs, d’associer les habitants à la construction d’un projet d’espace public ou d’équipement. Un tel atelier réclame de l’investissement, du temps et de l’argent mais il permet de démocratiser des enjeux d’urbanisme et d’aménagement.

2.-Un autre point méthodologique abordé par Michel JONCQUEL est l’échelle d’évaluation de la démocratie participative (Information, consultation, concertation, coproduction, autogestion) sachant que, bien souvent, on tient l’un pour l’autre et qu’il faudrait déjà faire sérieusement de l’information et avec respect de la consultation, plutôt que d’appeler tout ce que l’on fait concertation alors qu’il n’y a pas souvent égalité de traitement entre les partenaires.

La conférence de Michel JONCQUEL a amené des éléments de débat intéressant. En voici un résumé :

1.- le droit à l’information est un devoir et une base démocratique encore mal assurée. Ce droit à l’information suppose que des outils d’information soient élaborés, qu’ils permettent de traduire des programmes souvent en langage spécialisé, en programmes accessibles à tous. Ce travail de transcodage pour éviter cartes et plans est un élément de pédagogie fondamental.

2 - La concertation est plutôt une coopération conflictuelle. Elle n’a rien à voir avec le consensus et il s’agit au contraire de réhabiliter le débat, voire le conflit, à la condition de construire une démarche pour dépasser les dilemmes et construire de la coopération par le processus délibératif. Or, souvent les pratiques de concertation relèvent du consensus mou, c’est-à-dire de la recherche du plus petit dénominateur commun dans un processus de dépolitisation des enjeux politiques qui laisse place à une gestion technique puis technocratique des programmes qui travaillent pourtant sur des enjeux politiques.

3 - En France, on peine à donner vraiment des responsabilités aux habitants (par exemple, la gestion d’un fonds participatif ou d’un budget, voire la concession d’un comité de quartier d’espaces publics de proximité dont ils assureront l’aménagement et l’animation). Il serait intéressant qu’une municipalité de gauche franchisse ce pas, ce que nous avons culturellement beaucoup de mal à faire.

4 - L’enjeu majeur des années à venir est de l’éducation populaire. Comment former des habitants acteurs qui sont capables de dialoguer avec les spécialistes et les experts et qui seront demain le vivier des forces politiques ? En effet, syndicats et organisations d’Education Populaire ont perdu de leur influence. Il se peut que ce vivier soit aujourd’hui dans les structures de démocratie participative et le réseau associatif,

5.- l’un des enjeux majeurs de l’éducation populaire et non pas la formation mais la « déformation. » Comment en écoutant et en échangeant, déconstruire ses certitudes et ses représentations souvent formatées par l’ignorance, l’habitude, les médias pour avoir un regard neuf, décanté et pouvoir imaginer ensemble des solutions nouvelles. ?

Atelier sur " Les politiques de solidarité"

du 3 Juillet 2006

La politique de solidarité est une tradition ancrée dans l’histoire de la ville. La question sociale explosive a généré des politiques sociales très actives inspirées par le patronat catholique puis, plus fortement, par le mouvement ouvrier et la municipalité socialiste.

Le socialisme municipal fut, avec Jean Lebas, cette expérience fondatrice où il s’agissait de construire un prototype permettant d’imaginer ce que serait la société future après la prise de pouvoir démocratique à l’échelle de la nation.

Ce « socialisme des bâtisseurs » s’est concentré sur les services publics locaux pour l’enfance, la santé, le sport, l’instruction. Les constructions scolaires, le centre aéré et la piscine en sont des exemples remarquables parmi d’autres.

Jean Lebas n’a jamais séparé la construction de la ville et la réponse prioritaire aux besoins des plus faibles, c’est-à-dire des familles touchées par le chômage, la précarité, la pauvreté et l’habitat insalubre.

La politique suivie par Victor Provo prolonge cette impulsion mais sur un mode plus gestionnaire. C’est la période de la construction des foyers logement pour personnes âgées, des dispensaires, etc...

On s’aperçoit que, sur plus d’un siècle, une ligne rouge guide l’action sociale dans cette ville à savoir la question médico-sociale et la petite enfance. Qu’il s’agisse de la prévention de l’alcoolisme fœtal, de la prise en charge précoce des enfants, des liens à trouver entre insertion sociale et culture, de l’accompagnement des familles, de l’insertion par le logement ...

Depuis 30 ans, la désindustrialisation a provoqué une concentration exceptionnelle de pauvreté. Sans rappeler les chiffres, il apparaît que la pauvreté touche à la fois des familles selon des modalités bien connues (faible niveau culturel, faible revenu, habitat médiocre, alcoolisme, ...) mais que, avec la crise, sont apparues des nouvelles figures de la pauvreté (salariés pauvres, accidentés de la vie, familles fracassées, personnes touchées par la dépression et la souffrance psychosociale).

Nous assistons à Roubaix, malgré le redémarrage de la ville, à la persistance d’un chômage de masse structurel aggravé par la généralisation de la précarité du fait de la disjonction entre les marchés de l’emploi et les roubaisiens.

Que la source du problème soit la qualification, l’absence de mobilité ou la discrimination, ces phénomènes de précarité touchent, plus particulièrement, les habitants des quartiers populaires et encore plus largement la jeunesse.

A ce diagnostic d’une extrême gravité, les réponses publiques apportées par la ville sont, depuis trente ans, permanentes et volontaristes.

Nous avons eu le souci de territorialiser l’action autour des comités de quartiers, des centres sociaux et des mairies de quartiers. Nous avons eu le souci d’impliquer les habitants par des démarches participatives.

Nous avons mis l’accent sur la mise à l’emploi en permettant à des personnes très éloignées de l’emploi de bénéficier de parcours individuels de longue durée. Nous avons reconnu publiquement l’importance du phénomène discriminatoire qui déborde le racisme idéologique et imbibe les systèmes locaux et les institutions.

Mais le contexte actuel appelle certainement de nouvelles réflexions :

-  D’abord, la rétraction des finances est un processus inéluctable qui amènera à mieux utiliser l’argent public et à définir des priorités. Dans cet esprit, la rationalisation des moyens mis à disposition des habitants doit être envisagée.

-  Au-delà de ces enjeux gestionnaires, c’est aussi la nécessité d’une approche stratégique.

On peut être d’accord avec les hypothèses d’Eric Maurin sur le fait que nos villes sont traversées par des logiques « d’entre soi », entre école et résidence, qui fait qu’une partie de la population décide de vivre entre soi laissant à ceux qui ne peuvent bouger que la seule possibilité de rester entre pauvres.

Nous devons alors nous poser la question du ciblage des aides et accompagnements sociaux.

-  Quelles conséquences sur le ciblage des enfants à suivre et du travail sur la parentalité ?

-  Comment mieux utiliser les bourses au mérite ?

-  Comment traiter les fonctions complémentaires de l’école privée et de l’école publique au-delà de distinctions assez largement dépassées d’un point de vue social.

En effet, l’hypothèse d’Eric Maurin est que c’est en rétablissant le maximum d’égalité des chances la plus précoce au niveau des parcours scolaires qu’on combat la logique de « l’entre soi ».

-  Autre choix stratégique : sur le plan de l’insertion, la priorité doit-elle être de mettre à l’emploi les personnes les plus proches de l’emploi ou de créer des parcours longs dans un contexte où une partie de la population apparaît sans utilité économique dans le système libéral ?

Comment garantir des parcours longs d’insertion alors que la raréfaction des ressources oblige à mettre l’accent sur les résultats quantitatifs des programmes d’insertion ?

Comment, dès lors que le marché de l’emploi ordinaire ne peut résoudre l’ensemble de la demande d’emploi, réfléchir à nouveau sur les activités et emploi d’utilité sociale ?

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